Lost in jungle

Errance ultra-chic d’une jeune fille perdue dans la jungle urbaine

Archive for the ‘Job jungle’


Nouvelle collection

J’ai entre les mains l’avenir de ma boite.

Je pourrais me barrer avec, tirer des plans sur la comète, les faire chanter et m’octroyer une vie dorée, mais voilà, mon métier m’oblige à faire La Défense - Place Vendôme en serrant le plus fort possible contre mon chemisier l’enveloppe scellée contenant les dessins de la prochaine collection.

Ne pas regarder, surtout résister à la tentation, ce serait trop voyant, comment ça, l’enveloppe n’est plus scellée, avec cette chaleur vous comprenez, ça se décolle c’est chose là.

Se méfier des gens, de tous même du chauffeur mignon qui me sourit.

Arrêter de regarder à travers l’enveloppe, comme si l’anaconda aurait été assez stupide pour sceller une enveloppe ordinaire.

Sortir de la voiture, ouvrir la porte du temple, se faire accueillir par le chef suprême, passer les sas de sécurité, lui remettre le dossier, le voir décacheter puis admirer, de pures beautés.

Voir dans l’oeil du joalier cette espèce d’étincelle lubrique de celui qui sait combien ça va lui rapporter en jouissance et en monnaie. Replier soigneusement le trésor et le coffrer.

Repartir et se dire : encore une occasion de perdue. Fichu conscience, fichue honnêteté.

Quand l’anaconda n’est pas là, les chauves souris dansent.

En cette période estivale, il va de soit que l’anaconda n’est plus là. Elle se dore la pilule au soleil et se fout royalement du sort de ses esclaves pendant ce temps là, quitte à revenir avec plus de férocité histoire de bien marqué que le moment de liberté est terminé.

La première semaine fut douce, presque irréelle, un ciel sans nuage, l’accalmie après la tempête. Chacun reprend goût à la liberté retrouvée, s’éveille à la vie de nouveau et vit de manière totalement indépendante. Entre ceux qui arrivent à point d’heure et ceux qui laissent joyeusement leurs sonneries débiles de téléphone portable retentir, on sent bien que la jungle respire de nouveau, elle fourmille. Les bêtes sont sorties de leur tanière et veulent le faire savoir, à coup de café glacé et de lunch improvisé. L’ambiance se veut amicale, quand on tend l’oreille on peut même entendre quelques blagues potaches et quand on regarde bien on peut même deviner quelques rapprochement suspicieux.

La première semaine.

La deuxième chacun prend bien ses aises, une fois le retard accumulé rattrapé, chacun fait ce qui lui plait et moi je dois bien l’avouer, je me fais royalement chier. Y’a pas à dire, je suis un vrai boulet qui aime se faire malmener et qui ne sait même pas profiter d’un moment de tranquilité. Ca se soigne vous croyez?

Entre deux eaux

S’il y a une chose que j’ai apprise dans la jungle, c’est qu’il faut savoir naviguer entre deux eaux; parfois même à contrecourant.

De tous les dangers, l’eau est la plus sinueuse, elle trouve toujours une faille, une fissure pour s’engouffrer, la barque doit être solide et l’équipage encore plus.

Au départ, on visualise le projet, optimiste on n’envisage que son succès, viennent les petits défauts à régler, les premières décisions importantes sur la route à suivre, les premières divergences d’opinion et les premières déceptions.

On se bat, on lutte contre les courants, on y met du cœur, on s’investit corps et âme et puis quand on se retourne, on voit que peu à peu, on est tout seul sur ce fichu rafiot, que peu à peu l’équipage s’est fait la malle, et que le bel avenir si prometteur ressemble de plus en plus à une illusion, voire une hallucination.

Un regain de courage nous fait ramer plus vite ou peut être est ce un regain de rage, et puis on s’aperçoit que le navire prend l’eau de toute part, et que pour colmater les brèches il va nous falloir plus que de belles promesses. Mais quand on réussit seul, qu’on ne doit rien à personne, bon dieu ce que ça fait du bien de pouvoir leur dire MERDE!

Dans la jungle il faut savoir naviguer entre deux eaux, il faut encore plus savoir attendre que le vent tourne.

L’enfer c’est les autres

Bien sur, les plus érudits vous diront que Sartre n’a pas voulu dire ce qui est compris par les simples mortels tel que moi. Certes.
Il n’empêche que cette déviance me plait. Il arrive toujours un moment où les autres, la société au sens large, l’entourage aussi me pèse terriblement. Que ce soit dans le métro, au travail, au supermarché, en voyage, à une fête ou tout simplement dans mon immeuble, les autres me tapent sur le système.
Vivre en enfer, supporter leurs entre faits et méfaits, se taire pour éviter de parler pour rien. Que dire de toute manière, ils ne comprennent rien, absolument rien de ce qui est différent et s’estiment en plus tolérant. Je respire entre 2 baisses de son, j’ai les oreilles qui saignent tellement ma tête est prête à exploser. Faites les taire, par pitié!
Je n’en peux plus de les entendre parler, s’agiter, ricaner, tels les singes ils ne cessent de gesticuler manifestant aux yeux de tous, toute leur absurdité.
Mais là où cela devient pénible, là où est ma limite c’est quand ils sont capables de me faire douter de ce que je fais pour X ou Y raison: jalousie, impolitesse, rudesse, méchanceté…
J’ai beau savoir tout cela, tant d’indélicatesses m’affectent, et j’ai du mal à trouver la rage de lutter, mais je ne me brise pas, pas pour cela, ils ne m’auront pas. Pas cette fois. Pas encore.

Quand l’anaconda mute en boa

Il va bien falloir que je m’y fasse, il va falloir que je donne de moi même pour faire comprendre mon point de vue dans un exposé presque clair truffé d’exemples pertinents issus bien sur, de ma trépidante petite vie. Illusion quand tu nous tiens… Soyons lucide je ne suis rien, ou pire presque rien. Etre presque quelque chose est en soit un échec, faisons bien les choses soyons rien, dans sa plénitude absolue, ce qui m’évitera de promettre d’être intéressante.

A en juger par les réflexions et le traitement que me voue ma patronne je suis peut être même moins que rien. Ma patronne, exemple même de l’anaconda toujours à la recherche d’une victime à étouffer, bien que j’hésite encore entre l’anaconda et le boa constrictor qui lui diffuse son venin jusqu’à l’asphyxie. Sans doute une bête mutante entre les deux espèces, génétiquement modifiée pour régner. Et quel règne! Elle est de celles qui ont l’aisance naturelle de se déplacer sans anicroche et de se tourner toujours du coté où la lumière est. Elle est de celles que l’on peut envier, dont la vie semble si facile, si merveilleuse, de celles à qui tout réussi comme prédestinée à réussir.

En surface le paradis, mais quand on gratte la couche de vernis on découvre l’enfer, prix à payer pour une place au soleil peut être, de toute façon beaucoup trop cher. Ah oui, ça à l’air d’être une vie de rêve mais aussi grande est l’illusion aussi sombre sont les coulisses, et les coulisses je les connais on ne peut mieux.
Je suis tombée dedans, et depuis je m’y noie, n’en voyant plus l’issue. Elle est où la bouée? Voilà encore une fois, je me suis perdue!